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CANAL DE PANAMA, LA FIN D’UNE COLONIE AMERICAINE …

Pendant près d’un siècle, des milliers de Nord-Américains ont vécu dans la zone contrôlée par les Etats-Unis. Une existence de rêve qu’ils ont dû quitter en 1999, quand le territoire a été restitué.

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Ils viennent d’un monde qui n’existe plus. D’un pan de terre d’à peine 16 km de large, bordé par deux océans. L’Atlantique d’un côté, le Pacifique de l’autre. Ceux qu’on appelle les « Zoniens » ont vécu pendant près d’un siècle dans la zone du canal de Panama (« Canal Zone »), ancien territoire sous contrôle américain qu'ils ont dû quitter en 1999, selon les termes des traités signés en 1977 entre le général panaméen Omar Torrijos et le président des Etats-Unis Jimmy Carter. Depuis, une jungle vorace a envahi les infrastructures de l’ancienne colonie laissée à l’abandon. canal2016lemonde2

Le photographe Matias Costa est retourné dans la zone du canal de Panama, contrôlée par les Etats-Unis. Pendant près d’un siècle, des milliers de Nord-Américains y ont vécu une existence de rêve qu’ils ont dû quitter en 1999, lors de la restitution du territoire. Cette ancienne université américaine du quartier de La Boca, dans la zone du canal, est devenue l’Ecole navale panaméenne. Situées face au pont des Amériques, les classes offrent une vue imprenable sur le canal.

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Dans les salles d’école, les cahiers sont restés ouverts à la page de la dernière leçon. Les machines de musculation trônent encore au milieu du grand gymnase. Avec ses tables en ordre et son menu toujours affiché, le vieux restaurant Burger King semble attendre les prochains clients. Autant de lieux de vie, témoins d’une époque où l’Amérique se réinventait Etat-providence.  

Une existence privilégiée sous les tropiques

C’est pour avoir aidé les Panaméens à obtenir leur indépendance à l’égard de la Colombie que les Etats-Unis s’étaient octroyé cette partie stratégique de l’isthme de Panama. Pour 10 millions de dollars cash et 25 000 dollars annuels, le gouvernement américain s’était offert le droit d’y construire un passage maritime entre les deux continents, des travaux entamés vingt ans auparavant par les colons français.

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L’histoire des Zoniens commence ici. Au sein d’une communauté de quelques milliers d’expatriés nord-américains chargés de l’administration du plus grand chantier d’ingénierie de l’histoire, qui fut inauguré en 1914 par la traversée du navire américain SS Ancon, le temps de trois générations, ces familles de travailleurs ont joui d’une existence privilégiée sous les tropiques. Pour inciter les employés à s’établir loin de chez eux, le gouvernement avait jugé bon de leur offrir toutes sortes d’avantages : exonérations d’impôts, prime pour travail à l’étranger, pas moins de sept semaines de congés payés, vols gratuits vers les Etats-Unis, sans oublier l’assurance d’un emploi public stable et d’un logement dans un complexe résidentiel avec écoles, hôpitaux, cinéma et domestiques. Le tout entièrement subventionné par le ministère de la défense. canal2016lemonde8  

2 000 anciens colons nostalgiques

La communauté du canal a ainsi vécu dans une région à part, un îlot socialiste créé par le plus grand gouvernement capitaliste. Cette bulle paternaliste a éclaté après les émeutes « du drapeau », en 1964. Le territoire est à l'époque en proie à des tensions entre colons et panaméens. Alors qu’une interdiction de laisser flotter le Stars and Stripes (le drapeau américain) sur les sites civils a été décrétée, les étudiants américains de la Balboa High School décident un matin de hisser leur drapeau devant l’école. Une provocation à l’origine de trois jours d’émeutes meurtrières dans tout le pays et de l’ouverture de négociations sur la fin de l’occupation américaine du canal.

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Aujourd’hui, les Zoniens sont éparpillés dans toute l’Amérique. Mais ils se retrouvent chaque année en Floride lors du rassemblement de la Société du canal de Panama organisé à l’hôtel Marriott d’Orlando. Près de 2 000 anciens colons nostalgiques, pour la plupart octogénaires, y arborent un tee-shirt portant l’inscription « En voie d’extinction ». Ils le savent. A la mort du dernier Zonien natif, plus personne ne parlera de cette vie dans « la zone », de la construction du canal, de leur paradis tropical à jamais perdu.

Juliette Branciard (Magazine Le Monde)