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LES ETATS-UNIS ONT LARGEMENT CONTRIBUE A FAÇONNER LE DESTIN DU PARADIS FISCAL, AUJOURD’HUI SOUS LE FEU DU SCANDALE PANAMA PAPERS. EN PARTENARIAT AVEC “ULYCES”.

L'ObsPublié le 08 avril 2016 à 19h27
En roulant pendant 20 minutes hors de Panama, après avoir dépassé les conteneurs maritimes Maersk entassés près des chemins de fer, on arrive sur le fameux canal. "J’ai entendu dire que le canal de Panama était plus petit qu’on l’imagine", m’a écrit mon meilleur ami depuis New York. C’est vrai.
C’est un matin de semaine, le mois dernier, et le soleil se déverse sur les collines irrégulières qui s’étendent au-delà de la clôture de barbelés. Devant elles, un pétrolier rouge et blanc se tient immobile dans un chenal étroit, en attendant que les portes vieilles d’un siècle de l’écluse de Miraflores, couvertes d’algues, s’ouvrent pour le laisser rejoindre l’Atlantique. Six moteurs de locomotives tractent des câbles attachés au bateau – trois de chaque côté – roulant vers l’avant. Les touristes se pressent le long de la terrasse au cinquième étage de l’office de tourisme et prennent des photos de la scène, tandis qu’une voix dans un haut-parleur débite des âneries à propos d’une des plus remarquables prouesses d’ingénierie de l’histoire.
Notre équipe est venue au Panama pour interviewer Mossack Fonseca en personne, et nous sommes là pour repérer le terrain. Avant ça, j’ai enchaîné une conférence sur l’investissement offshore qui se tenait à notre hôtel, un tour dans le centre historique et une marche le long de la baie sur l’Avenida Balboa, où vit le président Juan Carlos Varela, dans un grand immeuble luxueux près de l’hôtel Intercontinental. Le président a fait de Ramon Fonseca l’un de ses plus proches conseillers.

Sacs de billets en jet privé

La signification de termes comme "juridiction opaque", "paradis fiscal" et "offshore" se recoupe. Cela se traduit grosso modo comme la possibilité d’échapper aux lois d’un endroit précis en exilant son entreprise dans une localité qui pratique des taux d’imposition proches de zéro ou nuls.
Ce à quoi il faut ajouter les outils qui permettent de cacher l’identité du bénéficiaire effectif d’une entreprise, d’après le Réseau pour la justice fiscale. Il s’agit d’un groupe d’action qui affirme que les paradis fiscaux ont aggravé la pauvreté à l’échelle mondiale et accru l’inégalité salariale, en donnant aux riches et aux corrompus un endroit idéal où planquer leurs avoirs. Le Panama est en treizième position sur l’Indice d’opacité financière du groupe.
En mars, peu avant mon voyage, le département d’Etat américain a publié son rapport annuel sur les menaces de blanchiment de capitaux : la régulation laxiste du Panama, son économie basée sur le dollar et sa position géographique en font une "cible de choix", tout particulièrement pour les trafiquants de drogue qui ont de l’argent sale à blanchir. L’hiver dernier, à la suite d’une opération d’infiltration du FBI, deux hommes ont plaidé coupable devant un tribunal américain pour avoir conspiré en vue de blanchir 2,6 millions de dollars issus d’une opération frauduleuse, utilisant à cette fin un jet privé (le véhicule parfait pour transporter des sacs marins Louis Vuitton remplis de liasses de billets) et des comptes bancaires panaméens.

Contourner la Prohibition 

Mais il ne faut pas oublier que les Etats-Unis ont largement contribué à façonner le destin du Panama. Quand le canal n’était encore qu’une chimère, un cercle de financiers américain a posé les bases de son système économique actuel.
Présidé par J.P. Morgan, le cercle a empoché 40 millions de dollars dans le deal du canal, grâce à un lobbying discret qui a eu pour effet de pousser les législateurs à choisir le Panama plutôt que le Nicaragua. A l’époque, l’accord du canal représentait l’entente foncière la plus chère de tous les temps. Après ça, Morgan et William Nelson Cromwell, le lobbyiste en chef du cercle de financiers, ont eu la mainmise sur les finances du pays jusque dans les années 1930. Cromwell, qui a cofondé le cabinet d’avocats international Sullivan & Cromwell, est alors devenu de facto le procureur général du Panama.
"Le Panama est dans une large mesure une création des Etats-Unis", explique Barney Warf, professeur de géographie à l’université du Kansas qui étudie les institutions bancaires offshore. Aujourd’hui, dit-il, "le Panama est dans le prolongement de l’économie américaine". Cela remonte au début du XXe siècle, quand les ouvriers du canal étaient payés en dollars américains. Dans les années 1920, où le libre marché battait son plein, le Panama adopta un droit des sociétés dans le style de celui des Etats-Unis. Certains bateaux américains, cherchant à contourner les restrictions de la Prohibition leur interdisant de servir de l’alcool à bord, préféraient alors s’enregistrer au Panama. L’administration Roosevelt fut alarmée de découvrir que pendant que l’Amérique se débattait pour sortir de la Grande Dépression, ses plus riches citoyens utilisaient le Panama comme paradis fiscal.
SCANDALE_PANAMA_PAPERS Le président américain Barack Obama traverse l'écluse de Miraflores, sur le canal de Panama, le 10 avril 2015. (MANDEL NGAN/AFP)
La famille de Jurgen Mossack posa ses valises ici dans les années 1960. Durant la Seconde Guerre mondiale, son père avait servi dans les Waffen-SS, d’après des documents issus du renseignement de l’armée américaine obtenus par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ). Une fois au Panama, le vieux Mossack proposa à la CIA d’espionner pour son compte les communistes à Cuba. (Mossack Fonseca a déclaré que le cabinet "ne répondrait pas aux questions liées à des informations sur la vie privée des cofondateurs de l’entreprise".)
Grandir en Amérique centrale mit Jurgen Mossack dans la position idéale pour surfer sur la vague du financement offshore née au Panama (et ailleurs dans le monde) dans les années 1970, alors que le pays avait adopté une législation du secret bancaire conçue pour appâter l’investissement étranger.
Mossack fut diplômé de droit dans une université catholique privée, avant d’obtenir un MBA à Londres. En 1977, de retour à Panama, il ouvrit son propre cabinet d’avocat, qui ne comptait que deux personnes : lui et son assistant. En 1986, il fusionna sa société avec celle de Ramon Fonseca, qui avait étudié à la London School of Economics avant de passer six ans à travailler au siège de l’ONU à Genève.

Le butin d'un casse record ?

Depuis ses débuts, l’activité de l’entreprise implique des clients aux secrets obscurs, comme le montre l’enquête de l’ICIJ. En 1983, six braqueurs ont dérobé 35 millions d’euros en lingots d’or dans un entrepôt Brink’s-Mat situé près de l’aéroport de Londres Heathrow. Moins de 18 mois plus tard, Mossack a constitué une société écran panaméenne pour un homme du nom de Gordon Parry. Parry avait été condamné en 1992 pour avoir blanchi de l’argent provenant du casse de Londres – le second plus grand braquage de l’histoire anglaise. Mais Mossack a continué à faire affaire avec eux, bien qu’il ait réalisé dès 1986 qu’elle était "apparemment impliquée dans la gestion de l’argent du célèbre braquage de Brink’s-Mat à Londres", comme il l’a écrit sur un mémo interne.

"La compagnie elle-même n’a pas été utilisée illégalement, mais peut-être que la société a placé de l’argent provenant de sources illégales sur des comptes en banque et acheté des propriétés avec."

Après ça, l’enquête de l’ICIJ indique que le cabinet a pris des mesures qui ont empêché les autorités britanniques de prendre contrôle de la société. Ce n’est qu’en 1995 que Mossack Fonseca a mis fin à ses activités avec elle.