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L’HISTOIRE. Gonna Gitcha, vie et mort d’un bateau de légende

L'HISTOIRE. Gonna Gitcha, vie et mort d’un bateau de légende

L'HISTOIRE. Gonna Gitcha, vie et mort d’un bateau de légende.

Une coque coupée en deux a été retrouvée au large du Honduras. Celle du monocoque Gonna Gitcha. Sous ce nom de baptême ultra-confidentiel, se cache l’ex-Fleury Michon X de Philippe Poupon, UUNET de Philippe Monnet, Roxy d’Anne Liardet, Yema de Mike Birch… Ce bateau était une légende du large, avait couru le premier Vendée Globe et disputé la Transat Jacques Vabre 28 ans plus tard.

Gonna Gitcha II. Sauf pour les hyper-spécialistes et les encyclopédistes de la course au large, ce nom ne signifie rien. Il était pourtant inscrit sur le tableau arrière d’un des voiliers de course les plus célèbres, un monocoque vétéran de toutes les plus grandes courses, un des très rares à avoir connu une telle longévité sous les feux de la rampe. Mais jamais sous son nom de baptême.

Il a donc disparu dans la plus stricte intimité. On ignore le sort de son équipage, de jeunes russes qui l’avaient acquis il y a peu. Sa dernière position officielle, relevée en février dernier, fait état d’une navigation dans le secteur du canal de Panama, route au Nord - Nord-Ouest. Sa trace a été retrouvée il y a deux mois, quelque part au large du Honduras. Deux photos témoignent de sa tragique disparition. Il a été coupé en deux, vraisemblablement par un de ces innombrables cargos qui zèbrent la surface de l’océan dans ce secteur.

 

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Gonna Gitcha II s’est d’abord appelé Fleury Michon X et a couru le premier Vendée Globe avec Philippe Poupon avant de chavirer au cap de Bonne Espérance en 1989 où Loïck Peyron viendra tirer son skippeur du pétrin, lequel reviendra quatre ans plus tard cueillir la 3e place de la grande boucle après avoir perdu son mât à deux jours du but. Il a ensuite porté les couleurs de UUNET, Roxy, Aquarelle.com, Votre nom autour du monde etc., a fait le tour du monde à l’envers avec Philippe Monnet – un beau record à la clé en 2000 (151 jours), est parti dans la circumnavigation plus souvent qu’à son tour avec Bertrand de Broc, Simone Bianchetti, Anne Liardet, Mike Birch, a fait tout ce qu’on peut imaginer de transats…

       

Monnet rachète son épave en 1997. Le bateau est alors laissé à l’abandon dans le golfe de Gascogne. À 48 heures de l’arrivée du Vendée Globe, la quille a rompu, le voilier s’est mis à l’envers dans le rail. Lors du remorquage, l’amarre casse, et le bateau est impossible à localiser : de Broc avait récupéré sa balise Argos. Coup de chance, quelques jours plus tard un Bréguet Atlantic de l'Aéronavale qui apportait des médicaments sur un chalutier le repère. À 45 milles des côtes françaises, et, surtout, du domicile de son skippeur. Comme s’il rentrait au bercail. Cette fois, le miracle n’aura pas lieu. Gonna Gitcha II ne reviendra plus.

 

Philippe Monnet : « Beaucoup de plaisir, mais une vente sans regret »

 

« Ce bateau est celui que j’ai gardé le plus longtemps. Et quand tu vis de grands moments sur un bateau qui devient ton partenaire, tu en deviens intimement lié, même si ce n’est que du plastique, de l’aluminium ou du bois, tu y es attaché.

 


C’est marrant, parce que Philou (Poupon) m’avait emmené à bord faire un tour quelques jours avant le départ du premier Vendée Globe. J’avais été surpris de tout le matériel qu’il emportait, à croire qu’il partait pour cinq tours du monde. Tout le catalogue de La Redoute était à bord, c’était extraordinaire ! Deux groupes électrogènes, sept pilotes automatiques complets de rechange, un chauffe-eau, des drisses, des toiles… le bateau était très lourd, il pesait 17 tonnes et des poussières au départ alors que le matériel commençait à être un peu fiable.

   

En plus, celui-là, j’ai fait plein de choses avec et lui ai fait faire plein de choses originales. J’ai mis Mike Birch dessus pour la Route du Rhum (2006) à 71 ans et on lui a trouvé un budget au dernier moment, il a pu ensuite courir la Jacques Vabre (2007) avec son fils, on a trouvé des ronds à l’arraché pour Simone Bianchetti et son Vendée Globe, j’ai fait le premier coup avec Roxy pour Anne Liardet, dernièrement j’ai encore fait la Palerme - Monaco avec ma fille de 11 ans et des gosses du Yacht-club de Monaco, j’ai fait le Tour de Corse avec des potes de La Clusaz et qui n’avaient jamais navigué… Ce bateau m’a apporté pas mal de plaisir. Mais je l’avais vendu sans regret, à de jeunes Russes de 20-22 ans, qui ont dû naviguer avec mais qui, bizarrement, ne m’ont jamais demandé le mode d’emploi alors que c’est toujours un peu spécial en entretien et en manipulation…

   

Il a été au moins vu à Tahiti, une copine m’a envoyé une photo de lui et il portait encore la pub BMW du Tour de Corse. Il l’avait d’ailleurs toujours quand il s’est fait couper en deux. Et un jour, le Yacht-club de Monaco m’appelle pour me dire qu’ils ont reçu un mail d’un adhérent, qui avait navigué en 2015 à bord, et qui avait repéré une épave au large du Honduras. Il a fait le tour du bateau coupé en deux, et en passant derrière il voit le nom d’origine que le bateau n’a en fait jamais porté et qui était immatriculé à Monaco. C’est là qu’il s’est souvenu avoir navigué dessus, il s’inquiétait donc de savoir si j’étais à bord quand c’est arrivé, si j’allais bien… Je lui ai répondu que le bateau était vendu, qu’on ne savait pas ce qu’il était devenu. »