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Revue de Presse – Panama : à la découverte des peuples du canal – Le Soir.be le 27 mai 2015.

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Chez les Emberas et les Gunas, deux des plus importantes ethnies autochtones de ce petit cordon ombilical des Amériques, on goûte à un patrimoine humain trop longtemps éclipsé par un célèbre canal qui changea la face de notre monde économique.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (2)Bolivar rêvait d’unir tous les pays d’Amérique du Sud avec Panama City comme capitale. Le pays de l’Harpie, un rapace aujourd’hui protégé, avait été le passage obligé du pillage des trésors incas vers notre Vieux Monde. Mais, bien avant l’arrivée des Espagnols, les Indiens aztèques, mayas et incas avaient marqué à jamais ce territoire.

Aujourd’hui, la ville, version latino de Singapour, avec ses gratte-ciel et ses banques en bordure d’une baie idyllique, mérite d’être parcourue avec l’aide d’un initié. Surtout si l’on veut sentir la transpiration de la colonisation derrière les galeries d’art et les bars branchés qui tapissent la vieille ville et le district historique, protégés par l’Unesco.

Irisol se fiche du “ Lonely Planet ” qui dépasse de mon sac à dos et, quand je lui demande son avis devant l’étal d’un marché, elle compte en balboa alors que le dollar est à parité. Elle s’étrangle lorsqu’elle explique que laPanama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (4) ville a été construite sur une mangrove dont on a détruit l’écosystème et sur un cimetière sacré. Mais reprend sa respiration en montrant les travaux d’excavation en cours et la prochaine ouverture des sept tunnels qui relient les principales églises de la ville qui permettaient aux riches de s’y rendre sans marcher dans la rue aux côtés des pauvres, des Indiens et des Noirs. Ils sont le signes d’une recrudescence de l’identité panaméenne, même si la valeur fondatrice de celle-ci est sans équivoque l’une des plus grandes mixités culturelles de la planète – si l’on ajoute aux cultures anciennes les travailleurs du monde entier venus travailler au chemin de fer et au canal.

Le bon sauvage         

Ce qui, aux yeux d’Irisol, n’est pas assez reconnu. Dans les livres scolaires, les Indiens sont toujours appelés “ sauvages ” ! Or, ici, il n’y a que des Indiens et des Noirs. Tout ce qui est blanc est hérité de la colonisation et taché de sang. Ces sociétés qui paient pour exploiter nos mines de cuivre et extraient de l’or au passage en polluant les sites habités par nos autochtones sont dirigées par des Blancs.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (5)Et vlan ! Irisol joue bien son rôle de guide, n’omet rien, encense l’architecture, approuve les avantages accordés à certaines ethnies indiennes et bénit la manne financière que constitue le canal et qui profite à tous. Mais les églises, les maisons royales, les monastères et les prisons, c’est la colonisation. Point.

Et moi qui pars à la rencontre des trois principales tribus du pays, je suis priée de me méfier des Ngöbe-Buglé de Bocas del Toro, vendus au tourisme du Costa Rica voisin, et de certains Gunas des San Blas qui tirent sur la corde du “ pauvre Indien ” pour faire monter les prix. Étonnamment, ce sont les Emberas, qui ont fui le Darien qui borde la Colombie, les narcos et la guérilla pour se rapprocher de la ville et reconstituer leur mode de vie en autorisant les touristes à les observer, qui recueillent sa plus grande clémence. Ils ont compris le potentiel, mais sans vendre leur âme.

Un portable dans le pagne  

Et c’est vrai que Carlos, qui m’a accueillie dans la jungle de l’autre côté du rio Chagres, à quelques heures de Panama City, n’a toujours pas troqué son arc, ses flèches et sa machette contre une tablette. Seul le chef de ce village embera possède un portable qu’il range à l’arrière de son pagne bordé de perles de couleurs.

À part le professeur, qui vient faire la classe tous les matins aux petits qui, plus tard, pourront choisir entre conserver notre culture intacte et se rapprocher du monde moderne, personne ne parle espagnol. Leur ethnie pratique sept dialectes différents, et les mains, les dessins et les tatouages sont notre unique mode de communication pendant ce séjour. Lequel, au cas où vous seriez tenté, ne se transforme en succès que si vous avez un caractère entreprenant.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (6)En effet, ici, pas question de village témoin, même si quelques groupes de touristes traversent régulièrement le territoire et que les Indiens exécutent quelques pas de danse pour les épater tandis que le cacique les accueille avec beaucoup de civilité. Dès que les Chinois ont fait demi-tour, chacun repart vaquer à ses occupations. Chasse, coupe de bois et confection d’outils et d’armes pour les hommes. Travaux des champs, fumage du bœuf aux ananas et beaucoup de papotes sous la hutte communautaire pour les femmes. Courses de poules et gestes explicites pour demander pourquoi je ne me promène pas nue comme eux pour les enfants. J’ai beau avoir été annoncée, et mon séjour payé, je suis littéralement plantée au pied de ma hutte sur pilotis où, ce soir, je pourrai choisir entre le hamac sur la terrasse et un matelas à l’intérieur – avec des couvertures parce que frio la noche avec seulement 30 °C.

Je traque le crocodile avec ma lampe frontale !

Je jette donc mon dévolu sur Carlos et Dilma et leur neveu Brian qui me font remplir des bassines avec des poissons et des bananes que nous embarquons sur une pirogue pour aller nourrir des singes confinés sur une île isolée – Nous les nourrissons pour éviter qu’ils s’approchent du village où ils saccagent tout, mangent les réserves et mordent violemment.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (7)Ensuite, nous partons pour la récolte des bananes. Carlos joue de la machette tandis que Dilma me montre les fleurs et les insectes. Puis l’homme, exténué, laisse la femme ramer pour nous ramener au village.

Le soir, ils me confient aux ados du coin pour aller traquer le babila (crocodile) avec ma lampe frontale, car il n’y a évidemment pas d’électricité dans la jungle – même si les plus gros business de la planète se jouent à 200 kilomètres de là. Le matin, après avoir été réveillée par Palomita la colombe et le toucan qui vivent au cœur du village comme un vieux couple, j’insiste pour partager avec eux le porridge de plantin sans la feuille de bananier proposée la veille – un geste qui, chez nous, revient à troquer l’argenterie contre une grande bassine où chacun se sert avec les mains.

Un humain est venu voir d'autres humains  

Ces Emberas, complètement isolés aux portes du monde moderne, perpétuent leur mode de vie au milieu de tout ce qui leur est cher : la nature, l’eau, la forêt primaire, les animaux. Ils maintiennent leurs traditions, font venir leurs plantes médicinales du Darien où leurs parents, qui ont aussi tenté de s’éloigner de la zone frontalière mais n’ont pas supporté la réplique trop petite de leur environnement, sont retournés, continuent à fabriquer leurs instruments de musique et leurs masques avec les bambous et les calebasses qui les entourent, la peau du chevreuil, du tapir, du cochon ou de la tortue.

Le voyage à travers ces parcs nationaux de Soberania, Camino de Cruces ou Chagres constituent en soi un très beau terrain pour de superbes randonnées, des parties de pêche, l’observation privilégiée d’innombrables espèces d’oiseaux, faune et flore endémiques, des promenades au cœur de jardins botaniques et de canopées. Mais franchir le rio et partir à la rencontre des Emberas procure au périple une dimension toute particulière.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (8)Taclée par mon défaut qui consiste à toujours vouloir voir beaucoup quand je pars loin, j’enrage de ne pas pouvoir rester plus longtemps. J’aurais peut-être pu m’approcher de la Palombie et apercevoir le marsupilami. Pour autant, mon départ n’émeut pas davantage la communauté que mon arrivée. Finalement, un humain est venu voir d’autres humains. Pas de banquet, mais un dernier lunch avec la famille du chef et le récit animé de la demande en mariage de Carlos à Dilma.

Avant de partir, les jeunes me dessinent un tatouage éphémère sur le bras. Il tient une semaine, personne ne le verra à mon retour. Il raconte la vie qui s’écoule, les amours, la chasse, les émotions et les événements que nous avons vécus ensemble. Je me sens un peu stupide avec mes feutres et mes cahiers achetés chez Carrefour et offerts aux enfants.

Le hamac, patrimoine national

Autre environnement dans l’archipel des San Blas, au nord-est, qui offre une délicieuse plongée dans les eaux des Caraïbes et une immersion culturelle fascinante. La population est fière de son statut unique de province autonome envié par tous les peuples autochtones du monde. Pour le touriste, cela signifie beaucoup de taxes mais peu de services, ce qui n’est pas plus mal quand on privilégie la rencontre à l’invasion.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (10)On découvre l’archipel en catamaran, le long d’une jungle dont la densité se moque de la frontière colombienne proche et au milieu de centaines d’îles coralliennes dont une soixantaine sont habitées par des communautés qui vivent essentiellement de la pêche, de la noix de coco (jusqu’il y a peu, elle servait de monnaie) et de la mola.

Ce carré d’étoffe, qui constitue le tissu de base de l’habit de la femme guna, est un symbole fort pour les Indiens. On raconte qu’il a remplacé, par ses couches superposées, les tatouages interdits par les missionnaires ou qu’il incarne les strates invisibles du monde. Avec le hamac, dans lequel on dort, on se marie et on meurt, ce morceau de tissu est un morceau du cœur des Gunas.

Le Guna célèbre la femme

Un cœur auquel je me suis très vite attachée quand j’ai compris qu’il battait au rythme de la loi du moindre effort et de la femme – ce qui, j’en conviens, semble incompatible.

Ici, l’argent ne sert pas à construire, mais bien à faire la fête. Et quand tu t’installes sur une île, elle est à toi. Si tu meurs, c’est pour le suivant qui débarque. Le Congrès approuve cette coutume et personne ne se plaint. Le lopin de terre d’Allegria, que nous avons nettoyé à la machette après avoir ramassé les bananes et brûlé les mauvaises herbes, n’est pas délimité. Les sardines que nous avons pêchées avec lui à la main puis fumées à côté de la hutte familiale ne sont pas étiquetées.

Panama - A la découverte des peuples du Canal - Revue de Presse Vivre-au-panama.com (3)Les mille noix de cocos que son cousin Denis a ramassées hier et vendues 0,45 $ pièce à des Colombiens (sa saison en un seul jour) ne sont pas facturées. Quand on s’invite, on n’apporte pas de cadeau : Je n’amène rien puisque c’est toi qui invites !

Personne ne rechigne quand c’est son jour de travail communautaire. Et quand on célèbre la femme dans cette société matriarcale, sur tout l’archipel, c’est sincère, Ce sont elles qui nous permettent d’élargir le cercle familial et d’entretenir la terre. Moi, si la mienne me dit de ne pas sortir boire un verre, je n’y vais pas. Même le padre jure, la main sur le cœur et sans une goutte d’alcool de maïs : Si je dois choisir, je prêcherai pour la culture guna plutôt que pour la religion catholique. C’est fou ce que les voyages nous ramènent aux choses essentielles.

Source : Le Soir.be